DOCTEUR MUKWEGE

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Le Monde.fr

| 25.11.2014 à 12h41 | Par Mustapha Kessous

L’obstréticien Denis Mukwege soigne depuis quinze ans les victimes de sévices sexuels au Sud-Kivu, dans la République démocratique du Congo (mardi 25 novembre à 20 h 50 sur France 5)

Elles ne savent pas si elles doivent continuer à vivre. Le corps en souffrance, elles ne se sentent plus femmes et vivent avec la peur au ventre. Adolescentes, jeunes mères, parfois grands-mères, elles ont été violées par des militaires. Dans ce coin de la République démocratique du Congo, au Sud-Kivu – une région riche et convoitée où des groupes armés s’affrontent depuis vingt ans –, « les femmes sont les premières victimes et leurs vagins sont devenus des champs de bataille », dit une voix off, en introduction de Congo, un médecin pour sauver les femmes.

Un documentaire qui met en lumière le travail remarquable de Denis Mukwege, 59 ans, pressenti deux fois pour le prix Nobel de la paix et récompensé par le prix Sakharov pour la liberté de pensée 2014.

En 1999, en pleine guerre civile, ce chirurgien-gynécologue ouvre l’hôpital Panzi à Bukavu, sa ville natale, pour permettre aux futures mères d’accoucher sereinement. Mais sa première patiente n’attend pas un enfant : elle a été victime d’un viol. Cette année-là, il soignera 45 femmes qui ont été sexuellement agressées. Trois fois plus l’année suivante.

Impuissant, Denis Mukwege constate que ces femmes sont humiliées et détruites sans que le monde s’alarme de leur sort. Il alerte alors les ONG. Il commence à devenir gênant. Victime de trois tentatives d’assassinat, il quitte le Congo, où il est connu comme le « médecin qui répare les femmes ». Dans les couloirs de l’hôpital, on chante son nom et ses bienfaits : « A celui qui veut du mal à Mukwege, que le malheur s’abatte sur lui ! » En quinze ans, le gynécologue a pris en charge plus de 40 000 femmes. Certaines témoignent, parlent avec une voix à peine audible. La honte ne les a plus jamais quittées. Dans leurs yeux s’exprime une infinie tristesse car, au-delà de leur corps, c’est aussi leur vie que leurs assaillants ont volée.

Perte d’identité

Régina, 22 ans, face caméra, raconte son agression : comment un homme l’a flanquée au sol, puis l’a violée, avant que d’autres n’arrivent... Quand elle se confie à son mari, il « s’énerve ». Avec son accord, Régina se rend à l’hôpital Panzi. Mais une fois soignée, pas question qu’elle rentre chez elle, son mari ne veut plus d’elle. Comme l’explique Denis Mukwege, le viol est une agression physique mais aussi mentale, entraînant chez les victimes une véritable perte d’identité. Commis à grande échelle, ces crimes détruisent le tissu et la cohésion sociale. Sans oublier les dégâts que causent les maladies sexuellement transmissibles...

A ce drame s’ajoute souvent un autre, quand les femmes violées se retrouvent enceintes, une sorte de double peine difficilement surmontable. Alice, 16 ans, rejetée par sa famille, explique que, si elle trouve un toit, elle gardera l’enfant, sinon elle l’abandonnera. « Je ne pense pas avoir la force de l’aimer », dit-elle.

Ce documentaire – extrêmement pudique – traite le sujet du viol avec une grande sensibilité, sans jamais tomber dans le pathos. Même si ce film reste centré autour de la personnalité de Denis Mukwege, le médecin ne se met jamais en valeur. Bien au contraire, il se dit « gâté » par la vie face à ces « femmes fortes », capables de prendre en charge un enfant qu’elles n’ont pas désiré.

« Congo, un médecin pour sauver les femmes », d’Angèle Diabang (Fr., 2014, 52 min). Mardi 25 novembre à 20 h 50 sur France 5.

Mustapha Kessous



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Africultures

23/12/14

VOUS N'AVEZ QUE JUSQU'À LA FIN NOVEMBRE 2014 POUR VOIR L'EXCELLENT DOCUMENTAIRE D'ANGÈLE DIABANG SUR LE DOCTEUR DENIS MUKWEGE ET SON HÔPITAL POUR FEMMES VICTIMES DE VIOLENCES SEXUELLES DANS L'EST DU CONGO, LÀ OÙ DES ENFANTS SOLDATS IMMATURES SONT LANCÉS SUR DES FEMMES QUI POURRAIENT ÊTRE LEURS MÈRES, LE VIOL ÉTANT POUR LES REBELLES DU KIVU UNE ARME DE GUERRE EN DÉTRUISANT LE TISSU SOCIAL, CAR TOUS Y PERDENT LEUR IDENTITÉ : LES FEMMES, MAIS AUSSI LEURS MARIS ET LEURS ENFANTS.


Voici que ce documentaire d'une jeune réalisatrice sénégalaise est programmé en début de soirée sur France 5, une chaîne française de bonne diffusion. C'est assez rare pour devoir être signalé. Mais c'est d'autant plus important que ce film est d'une extrême intelligence sur un sujet difficile. Angèle Diabang aurait pu en rester à un portrait flatteur du célèbre chirurgien-gynécologue qui "répare" les femmes, et revient triomphalement au pays qu'il avait dû quitter en 2012 après trois tentatives d'assassinat. Au contraire, au diapason de l'humilité de son personnage, ce que dit Denis Mukwege face à la caméra n'est qu'un rémanent point de départ pour d'autres paroles, celles des psychologues et autres soignant(e)s, celles des femmes violées, également au centre de l'image, dans toute la force de leur visage découvert, elles qui tiennent à témoigner à la face du monde de l'horreur qu'elles ont vécues, dans le fol espoir que cela serve à la conjurer. Toujours, le cadre les place en beauté et dignité ; toujours, une juste distance est respectée.

Les hommes, dit Mukwege, "transforment le ventre des femmes en champ de bataille". De poignants récits lui donnent trop malheureusement raison, non seulement des viols mais du rejet que vivent ensuite les femmes dans leurs familles. "Mes larmes coulent toutes seules" : on apprend que des femmes reviennent, violées une nouvelle fois, et que dire à l'enfant issu du viol ? Comment l'aimer ?

Attentive aux ambiances, aux détails, aux émotions et surtout à la vitalité des femmes et comment elles animent l'endroit, Angèle leur rend la première place, à l'image de l'objectif de cet hôpital : leur redonner espoir, les alphabétiser, les aider à refaire leur vie avec un métier (dans les centres Dorcas).

Des hommes réparent ce que d'autres hommes ont fait : des chirurgiens se forment et tentent de déjouer les méfaits issus de la "complicité coupable" des puissances occidentales, alors même que "sans justice, il n'y a pas de paix". Par son action comme par son franc-parler, le Dr. Mukwege dérange aussi bien les Rebelles que les Gouvernants, mais il prend le risque d'agir car "ce sont ces femmes qui feront le changement", par leur résilience et leur vitalité, et "qu'il faut se battre à leurs côtés".

Olivier Barlet  

 

 

 

Le Quotidien

23/12/14

Film : Un médecin pour sauver les femmes de Angèle Diabang

Difficile d’écouter de douloureux cris de viol. C’est pourtant à cet exercice que convie dans son dernier long métrage la réalisatrice Angèle Diabang. Elle a suivi les femmes de la République Démocratique du Congo, en soin chez le Dr Denis Mukwege, pour raconter au monde l’horreur. Un médecin pour sauver les femmes est le cri du cœur d’une femme de cœur qui refuse de taire un crime perpétré sur toute une génération de femmes, de mères, de fillettes, d’enfants. Angèle Diabang fait résonner, images à l’appui, la voix de toutes ces femmes violentées. Un film poignant, insoutenable, qu’on ne peut finir de voir sans verser des larmes ou tout au moins avoir un sentiment de révolte.

Un médecin pour sauver les femmes : c’est le titre du dernier film de la réalisatrice Angèle Diabang. Un titre assez illustratif pour décrire cette œuvre assez poignante. Comme à l’accoutumé, la réalisatrice a réussi la prouesse de proposer une histoire touchante, un long métrage qui laissera des taches dans l’histoire, mais surtout qui plonge le cinéphile dans ce drame qui se déroule au Congo. Quand on pénètre dans cet univers, celle des femmes violées du Congo, on en sort jamais indemne.

Comme elles, Angèle Diabang garde les séquelles des douleurs qu’elle a filmées et gardées pour la postérité. C’est d’ailleurs sur cette douleur que ce long métrage débute. On découvre dès le début du générique des visages tristes de femmes violées. Une tristesse qui se lit dans ces regards et qui témoigne de ce qu’ont pu vivre ses congolaises. Certes, jamais le cinéphile ne peut se faire une réelle idée du viol s’il ne l’a pas vécu. Mais pour lui faire toucher du doigt cette triste réalité, Angèle Diabang fait le pari d’utiliser un langage filmique cru. C’est le langage de la vérité. Et pour cela, les mots du commentateur comme celui des interviewés s’enchaînent dans une description qui force la curiosité. «Les vagins sont devenus un champ de bataille où s’affrontent les groupes armés... Ce qui se passe au Congo est une complicité coupable», narre-t-on.

Et pour pallier cela, le docteur Denis Mukwege, après une longue période d’exile, est revenu au bercail «reconstruire les femmes». A l’image, Denis Mukwege est accueilli en héros. Acclamé sur des kilomètres par une foule en liesse, notamment des femmes en pleurs qui se jettent dans ses bras. L’on devine aisément qu’au Congo, il est un «messie». Ces femmes lui offrent des fleurs, toutes sortes de cadeaux pour saluer son retour et son courage... En réalité, depuis plus de quinze ans, ce gynécologue-obstétricien opère les femmes victimes de sévices sexuels dans l’hôpital de Panzi, dans l’est du pays. Là-bas, des groupes armés s’affrontent depuis une vingtaine d’années pour piller les ressources de la très riche province du Sud-Kivu. Et ces rebelles utilisent le viol comme une arme de guerre. Angèle Diabang, pour montrer les conséquences de ces crimes, offre à voir à visage découvert les confessions de nombreuses de ces femmes aujourd’hui en traitement à Panzi. Elles sont enfants, jeunes filles, personnes d’âge mûr ou encore vieilles femmes.

Les victimes

Annie-Françoise 17 ans, Regina 23 ans, Barhakomerva 46 ans. Toutes sans exception ont pour dénominateur commun, «un viol parfois collectif commis par un ou des hommes armés». Bien qu’elles marchent difficilement à cause des sévices qui leur ont été infligés, elles racontent l’horreur. Comme pour l’exorciser. Recroquevillée contre un mur, Annie-Françoise, 17 ans, triture un châle rose. Les yeux baissés comme pour fuir le jugement du monde, elle se raconte : «Tout mon entourage me déteste parce j’ai été violée. Ça s’est passé sur le chemin de l’école, par des militaires... Malheu - reu sement, je suis restée en vie. Je me suis résignée. Si seulement j’avais eu la possibilité de mourir...» Barhakomerva, 46 ans, mime à une assistante sociale la façon dont quatre hommes, «en tenue militaire», l’ont forcée, brutalisée. Avant de s’effondrer en larmes. «A l’exception d’une seule, toutes ont voulu témoigner à visage découvert pour que le monde entier se rende compte de ce qui se passe au Kivu», explique Angèle Diabang.

Un sujet pénible

La réalisatrice confie qu’à plusieurs reprises, lors du tournage, il a fallu poser la caméra face à ces récits glaçants. Certaines femmes, à peine sorties de Panzi, se font de nouveau violer. Elles décrivent la double peine en plus du viol, la façon dont la société les juge, les montres du doigt. Comment elles sont rejetées, abandonnées par leur famille et leur communauté. D’autres sont contaminées par le sida. Aline, 16 ans, ne «pense pas avoir la force d’aimer (son) enfant». Enceinte de quelques mois seulement, elle confesse face à l’écran et sans sourciller : «Je ne pense pas avoir la force d’aimer l’enfant que je porte.» Des images et propos qui choquent les cinéphiles. Qui les choquent plus encore lorsqu’ils apprennent dans le film le viol commis sur un enfant de 18 mois. En réalité, Un médecin pour sauver les femmes, loin d’être un portrait glorieux du Dr Mukwege, dévoile le travail qu’il réalise au quotidien à l’hôpital de Panzi. Non seulement la réalisatrice réussit à décrocher les témoignages de ces femmes violées, mais pénètre aussi dans l’univers des médecins, assistants sociaux et psychologues pour révéler que dans ce lieu mythique, tout le monde panse ses blessures, ses plaies d’une manière assez touchante. L’une des assistantes so ciales l’avoue : «Quand je regarde ces femmes, je suis choquée. C’est difficile, c’est insupportable... Par fois, j’arrête d’écouter leurs récits pour ne pas craquer devant elles... Je suis incapable de pleurer sur leur sort... D’ailleurs ma thérapie, je la trouve chez ces femmes.»

Interpellée sur sa démarche, Angèle Diabang, qui a versé encore des larmes le soir de la projection- presse - plusieurs mois après le tournage du film - explique : «J’aurais pu faire un film sur un docteur super-puissant, sur l’excellent chirurgien ou l’homme qui, au lieu de rester tranquillement en éxil, choisit de revenir et d’hypothéquer sa vie en étant constamment sous protection. Mais ça aurait été trop facile. Le meilleur moyen de parler de lui est de montrer son travail auprès des femmes, comment il les aide à regagner leur dignité, à prendre leur destin en main.» Effecti ve ment, c’est ce qui ressort de ce chef-d’œuvre filmique. La réalisatrice est allée jusqu’à filmer les hommes en blouse en pleine salle de reconstitution de vagin. Mais elle ne laisse pas le cinéphile sur ces tristes images. Elle montre également que malgré le silence des Etats, de l’Onu, du monde, ces femmes violées avancent résolument vers un «Congo meilleur». Pour cela, le long métrage s’achève sur une belle note de réinsertion de ces dames qui ont connu «l’injustice de la vie». Angèle Diabang les montre dans les ateliers de réinsertion sociale : couture, tissage... Car à Panzi, l’on répare aussi ces vies abîmées par les travaux domestiques, la culture, les jeux de société, la religion... Et l’on se dit finalement que la vie mérite d’être vécue.

La femme dans les films de Angèle Diabang : Un combat qui s’explique

Après la projection du film Un médecin pour sauver les femmes à la presse sénégalaise, il a été difficile de poser des questions à la réalisatrice. Non pas parce que le sujet n’intéresse pas. Non pas parce que le film ne plaît pas. Encore moins parce qu’elle n’a pas réussi cette œuvre. Rien de tout cela. Les journalistes, par ailleurs cinéphiles, n’avaient plus de mots après avoir par l’image effectué un long voyage à Panza. Tous ont été sous le choc un moment avant que les langues ne se délient pour comprendre la démarche ou les objectifs de la réalisatrice. Cette dernière, très émue, n’a également pas manqué de verser des larmes. «C’est comme ça à chaque fois que je regarde les témoignages de ces femmes. Ça fait mal...», dit Angèle Diabang. «La femme est la base de l’humanité, c’est la matrice du monde. Détruire la femme, c’est déstabiliser le monde», fait-elle savoir avant d’expliquer qu’elle a décidé de réaliser ce film après avoir un jour, en regardant la télévision, été touchée par ces informations horribles sur la Rdc.

«Je zappais comme tout le monde un jour, et j’ai vu ces infos à la télé. Je me suis alors demandé ce que je faisais pour ces femmes et pour mon Afrique ? C’est pour cette raison que je suis allée faire ce film», témoigne Mme Diabang. Mais ce n’est pas la première fois qu’elle réalise une œuvre sur la douleur de la femme. En 2005 déjà, elle avait sorti son premier documentaire, Mon beau sourire, qui évoquait la souffrance que certaines s’infligent pour se faire tatouer les gencives en noir, un critère de beauté au Sénégal. L’on se souvient également qu’en 2007, Angèle Diabang était revenue dans les salles avec Sénégalaises et islam, un documentaire dans lequel elle donne la parole à des femmes qui vivent de manière très différente la même religion... Fina lement, l’on est en droit de se demander si cette réalisatrice, par ailleurs présidente du conseil d’administration de la Société de gestion collective des droit d’auteur, n’est-elle pas une féministe ? «Si porter le combat des femmes et dire non aux brimades, dire non à la violence, dire non à l’injustice, c’est être féministe, alors je le suis», répond-elle, amusée. En réalité, Angèle Diabang ne se décrit pas comme une militante de la cause féministe, mais dit plutôt proposer «un regard sensible sur des questions de femmes». Son objectif : faire réfléchir en donnant à voir. Elle vient encore de gagner ce pari à travers son long métrage Un médecin pour sauver les femmes. Vivement la sortie prochaine en salle de son adoption de l’œuvre Une si longue lettre de Mariama Bâ.

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20e Lauriers de la radio et télévision française

25/02/15

 

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Angèle Diabang sur le tapis rouge du documentaire

 

Le documentaire «Congo, un médecin pour sauver les femmes» de la réalisatrice sénégalaise Angèle Diabang est sélectionné aux Lauriers de la radio et télévision française dans la catégorie meilleur documentaire de société pour l’année 2014.

La remise des prix, annonce un communiqué reçu à la rédaction du journal Le Quotidien, était prévue hier à Paris. «La cérémonie des Lauriers qui rassemble chaque année l’ensemble des acteurs de l’audiovisuel français distingue les programmes qui contribuent à l’enrichissement culturel, les prix décernés couvrant la diversité des champs d’expression». Le film de la cinéaste sénégalaise Angèle Diabang a été retenu dans la catégorie Documentaire au même titre que les films Adieu Paysans et Chante ton Bac d’abord, diffusé par France 2. Quant au long-métrage Congo, un médecin pour sauver les femmes, il a été récemment diffusé par France 5. L’œuvre raconte la vie du chirurgien congolais Denis Mukwege. Ce médecin qui opère depuis quinze ans, dans l’hôpital qu’il a fondé, des femmes victimes de sévices sexuels dans la province du Sud-Kivu. Ce film, qui lui donne la parole, ainsi qu’aux soignants et à leurs patientes, est un cri de coeur, à la face du monde.

Quant à cette vingtième édition des Lauriers de la radio et télévision française, «dix neuf prix constitueront le palmarès qui, pour l’occasion, a été enrichi par la création d’un ‘’Laurier Musique’’, en partenariat avec la Sacem, récompensant la plus belle création musicale pour une œuvre audiovisuelle, et par deux ‘’prix spéciaux’’» récompensant les œuvres ou les avancées les plus marquantes des 20 dernières années, d’une part, quant à la créativité des processus d’écriture et, d’autre part, dans le domaine de l’innovation, notamment technique, des formes de la radio et de la télévision» lit-on sur le site de promotion de l’évènement. Ces deux prix informe-t-on, seront décernés par un «jury d’honneur» constitué d’anciens et prestigieux lauréats. A savoir : Patricia Allémonière, Hervé Bourges, Pierre Boutron, Annick Cojean, Isabelle Gior-dano, Pierre Lescure, Patrick Jeudy et Jacques Santamaria. Autre nouveauté, pour la première fois les Lauréats se verront remettre un trophée créé spécialement par la société Daum.

Il faut savoir que les Lauriers de l’audiovisuel ont pour ambition, depuis leur origine, de rassembler l’ensemble des acteurs de l’audiovisuel et de distinguer les programmes qui contribuent, par leur qualité, à l’enrichissement culturel de tous.Les programmes sélectionnés couvrent l’ensemble de la production audiovisuelle (informations, magazine, do- cumentaire, fiction, programme culturel, jeunesse, divertissement), sans oublier le meilleur de la radio.Le jury réunit des professionnels reconnus de l’audiovisuel et se compose des membres du conseil d’administration du Club audiovisuel de Paris, auxquels se joignent les lauréats de l’année précédente et des personnalités qui contribuent au rayonnement de la production audiovisuelle française. C’est un honneur pour Angèle Diabang, qui annonce la première de ce film à Dakar au mois de mars prochain.

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La gazette

18/12/14

 

 

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ANGÈLE DIABANG

 

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le quotidien 

 LE QUOTIDIEN
11/08/09

Dans le cadre du Cycle Femmes et Cinéma, les documentaires réalisés par Angèle Diabang seront rediffusés au Centre culturel français de Dakar, aujourd’hui et demain. Il s’agit de Waliden, Mon Beau Sourire, Yandé Codou griotte de Senghor. Une occasion pour aller à la rencontre de cette jeune cinéaste sénégalaise, d’un dynamisme hors du commun, qui ambitionne de révolutionner les traditions par sa modernité.

Une volonté de fer pour un autre regard sur l’Afrique
Par Laure SIZAIRE(mardi 11-08-2009 )


Un regard neuf. Faire évoluer les regards portés sur le Sénégal et l’Afrique en général, c’est le désir et la réalisation de Angèle Diabang. Depuis toujours curieuse et captivée par l’image, elle nourrit un rêve, alimente un désir : une carrière cinématographique. Ce désir restera rêve jusqu’à la rencontre d’un photographe professionnel qui, un jour, lui prodigue un cours sur la réalisation cinématographique, étape par étape. Angèle, qui était alors modèle, deviendra créatrice à son tour en passant derrière l’objectif.

Après avoir arrêté ses études de droit, Angèle suit un stage de montage au Centre culturel français (Ccf) sous la direction de Pape Gora Seck en 2000 tout en commençant sa vie professionnelle en tant qu’assistante de direction. Ce stage l’orientera vers sa formation principale : réalisation audiovisuelle au Média centre de Dakar. Elle passe le concours en 2003, et entame une formation de 10 mois orientée sur le documentaire. Commence ensuite le début de sa carrière professionnelle avec deux postes de monteuse. Travaillant sur des clips et des pubs, elle acquiert de l’expérience, met en pratique ses connaissances et prend confiance en son talent. Elle est prise dans une résidence d’écriture documentaire au sein d’Africadoc et par ses propres moyens, elle réalise alors son premier court métrage : Mon Beau Sourire (2005). «C’était d’abord pour moi : un test. En tant que monteuse, je me suis amusée.»

Seulement un «test» et pourtant ce court métrage, le premier de Angèle Diabang, fera le tour du monde. Son formateur a, heureusement, encouragé la jeune réalisatrice à le présenter au festival documentaire des Etats généraux de Lussas où il sera accueilli avec succès. S’ensuivent d’autres propositions de projections en festival. La démarche cinématographique de Angèle est de montrer les traditions africaines avec un regard nouveau et non «accusateur».

Mon Beau Sourire immerge le spectateur dans le rituel du tatouage des gencives, une tradition qui fut obligatoire mais existe maintenant tel un phénomène de mode. Grâce à sa créativité, Angèle casse l’image négative qui entoure certains rituels et montre à travers un regard moderne, l’état actuel de cette tradition. «Souffrir pour être belle», c’est l’objet de ce court-métrage, le tatouage des gencives est effectué sur un rythme endiablé de djembés, chaque aiguille est alors une secousse pour le spectateur qui, oppressé, attend impatiemment la fin de la séance. Et quand celle-ci se termine, c’est avec soulagement et satisfaction qu’il découvre de beaux sourires dont la blancheur des dents éclate, contrastant avec le noir des gencives. 

Une performance de modernisme et de créativité est concentrée dans ce premier court-métrage. Alors, la carrière de l’artiste s’accélère et dès 2006, Angèle Diabang ouvre sa propre agence de production Karoninka. Sa première production et son second film: Sénégalaises et Islam (2006) produit avec le Goethe Institut de Dakar. Un documentaire qui laisse la parole aux musulmanes sénégalaises s’exprimant sur la prière, la charia, le voile ou encore le terrorisme. Une fois encore Angèle s’est montrée déterminée face à des femmes qui ont souvent choisi de se désister en raison de pressions familiales. En effet, la cinéaste possède une qualité indéniable : sa persévérance. Si pour ce documentaire elle en a fait preuve, son dernier film en est la consécration.

D’ailleurs, dit-elle, «Yandé Codou a testé ma ténacité au fil de toutes ces années où je l’ai côtoyée». Symbole de la volonté et de la ténacité de Angèle Diabang Brener, Yandé Codou, la griotte de Senghor s’est réalisé sur quatre années de 2004 à 2008. Malgré tous les obstacles rencontrés, elle s’est accrochée et a fini par réaliser son documentaire qui met en scène cette grande dame à travers son quotidien. Le choix cinématographique «intimiste» permet une approche personnelle de Yandé, griotte de Léopold Sédar Senghor. Nous découvrons alors le devenir de cette femme légendaire et des traits de sa personnalité qui auraient pu rester inconnu à tout jamais si Angèle n’avait pas persévéré et insisté pour pouvoir réaliser son documentaire. Dans un désir de transmission, la cinéaste offre un héritage historique avec Yandé Codou, un regard nouveau sur l’Afrique avec Mon Beau Sourire et une meilleure compréhension de l’Islam avec Sénégalaises et Islam mais elle ne s’arrête pas là.

«Je pense qu’il est important, aujourd’hui, alors que le continent bouge et se trouve en émulation, de montrer ce que notre Afrique a de meilleur, avec un regard moderne, mais aussi en sachant être dur avec elle quand il le faut.» Angèle désire révolutionner l’image de l’Afrique tout en secouant cette dernière quand cela est nécessaire. Waliden (enfant d’autrui), un film documentaire malien produit par Karoninka, illustre cette démarche. Le sujet : l’adoption traditionnelle au Mali vue par une réalisatrice malienne elle-même passée par ce système d’adoption. Le documentaire dénonce les préjudices qui peuvent découler de cette pratique telle que la maltraitance. Angèle Diabang, cinéaste documentariste, met sa créativité au service d’une meilleure connaissance de l’Afrique, de «notre Afrique», moins clichée, plus réaliste.


 

   

WWW.LEGUIDEDESFESTIVALS.COM
Caroline Leroy
Le Palmarès du Festival Doc En Cours
Le 06 et 09 Octobre 2005, Lyon

 

LE PRIX GRAINE DE DOC : Le jury a souhaité mettre en lumière le talent émergeant et indéniable de la cinéaste sénégalaise Angèle Diabang pour Mon beau sourire. Ce film court relate la séance de tatouage de la gencive supérieure d’une jeune femme, au Sénégal. Il s’agit de donner à voir cette séance sans pour autant que le spectateur puisse connaître l’opinion de la cinéaste. Très englués dans les présupposés occidentaux, les spectateurs européens ont tendance à imaginer que le film est une pratique de dénonciation. Cependant, la situation s’éclaire au contact de la cinéaste, très émue par l’attention que le jury et les spectateurs portent à son film. En aparté, on découvre que la jeune femme tatouée est en fait la cinéaste elle-même. Ce tatouage est souhaité et est comme la preuve d’un attachement supplémentaire à sa culture. Cette tradition maintenant non obligatoire dans les pays de l’Afrique de l’Ouest n’en est pas moins un phénomène de mode. Angèle aborde donc son sourire telle une appartenance et un élément esthétique supplémentaire telle une Européenne affichant un tatouage sur le corps.

 

 

clap noirCLAP NOIR

La surprenante Angele Diabang signe avec Mon beau sourireun film de cinq minutes, un petit bijou de rythme, de montage, d'efficacité et d'audace formelle. Monteuse de clips de profession, la réalisatrice a su utiliser pleinement le son des sabars sénégalais pour rythmer un film qui pourrait sembler un exercice de style, sur un thème classique, le tatouage des gencives chez les femmes sénégalaises. En fait, en très peu de temps, avec très peu de commentaires, le film dit tout : souffrir pour être belle, la domination des mères sur leurs filles, le poids des traditions. Un travail intelligent et prometteur

 

  

aptFESTIVAL PANAFRICAIN DE CANNES

On découvre aussi des talents moins souvent programmés, comme Owell Brown, Fernand Prince, comédien- réalisateur du marrant "putain de répondeur" (1997). On retrouve aussi avec plaisir le merveilleux petit opus de la Sénégalaise Angele Diabang, "Mon beau sourire", cinq minutes de plaisir filmique et de jeu de montage sur le thème du tatouage des gencives.

 

  

africulturesAFRICULTURES

Dans le magnifique Kodou, un des plus beaux films du répertoire noir-africain, le Sénégalais Ababacar Samb Makharam montrait en 1971 une jeune fille devenant folle à la suite de son rejet par la communauté villageoise pour n’avoir pas supporté la douleur lors du tatouage initiatique des lèvres. C'est sur le rituel du tatouage des gencives que revient Angèle Diabang Brener, mais en en renouvelant radicalement l'écriture avec une impressionnante maîtrise.

Des aiguilles sont préparées, des tissus étendus et le tatouage est préparé en silence. Et soudain tout s'emballe : sur le rythme effréné de djembés endiablés et d'un montage très serré multipliant les plans, le tatouage se fait en une symphonie de couleurs et de gestes, renversant l'image douloureuse que l'on en a. L'humour n'est pas absent, et pourtant la chose fait mal, à tel point que l'actrice qui s'était dévouée ne put supporter la douleur et se retira en cours de tournage malgré les enjeux. Angèle dut la remplacer au pied levé, belle métaphore pour cette cinématographie condamnée au courage pour exister.

 

 

 

 


 SÉNÉGALAISES & ISLAM

 

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TERANGA
Interview de Céline Cachat

Après « Mon beau sourire » (2005), un premier documentaire sur une coutume d’Afrique de l’Ouest qui consiste à tatouer les gencives des femmes, Angèle Diabang, jeune réalisatrice sénégalaise, s’est à nouveau fait remarquer cette année avec « Sénégalaises et Islam » et n’est pas prête de s’arrêter en si bon chemin. Elle continue sur sa lancée en préparant un film de fiction, dont elle ne révèle pas encore le sujet, et un documentaire sur la griotte du Président Senghor…


Avec « Sénégalaises et Islam », vouliez-vous vous inscrire dans la continuité de « Mon beau sourire » avec le statut des femmes au Sénégal, ou aborder un nouveau thème, celui de l’Islam ?

Pour moi, le thème de la femme est un hasard. Dans « Mon beau sourire », je voulais parler d’une tradition africaine d’une façon moderne. En général, on classe les traditions comme archaïques, mais tout dépend de la façon dont on les montre. Quant à « Sénégalaises et Islam », c’est la directrice de l’Institut Goethe de Dakar qui, en discutant de la charia, m’a proposé de faire un film sur les femmes, ça m’a tout de suite intéressée.


Pourquoi donner la parole aux femmes ?

La plupart des interdictions dans l’Islam sont faites aux femmes. Je voulais savoir ce qu’elles pensent de la pratique de l’Islam et quelle place elles s’attribuent dans la religion. Au Sénégal, il y a 95 % de musulmans et seuls les hommes prêchent. C’était donc un défi de donner aussi la parole aux femmes.


Vous avez souvent exprimé votre choix de la neutralité : est-ce plus important que la volonté de soulever les débats et de renverser les clichés ?

Dans plusieurs festivals, on m’a reproché ma trop grande objectivité. Mais le but de mon dernier film est de donner la parole à ceux qui en général ne l’ont pas, mon avis n’importe pas. Je voulais aussi bien sûr créer un débat, et le but a été atteint. Quand le film est passé au Sénégal, il y a eu beaucoup de débats et d’articles, surtout sur le dialogue islamochrétien. En Europe, les réactions ont plutôt concerné la liberté de la femme : les gens étaient étonnés de voir que la femme ose donner son avis dans un pays africain et musulman, ce qui montre bien les clichés que l’on peut avoir sur l’Afrique…


Pourquoi ce choix du documentaire plutôt que de la fiction ?

J’ai fait une école de cinéma où la formation était surtout orientée vers le documentaire. C’était donc pour moi le meilleur moyen de commencer dans le métier. Et puis j’ai envie de faire de la fiction, mais je finirai sûrement par le documentaire, non pas pour dénoncer ce qui ne va pas dans la société et pointer du doigt certaines choses, mais pour montrer les bons côtés de l’Afrique, ses aspects culturels positifs, en allant droit au but.


Quelles sont les principales difficultés que vous pouvez rencontrer en tant que jeune réalisatrice ?

Les mêmes que chacun rencontre à ses débuts dans le métier. Des problèmes de fi nancement d’abord. Il a aussi fallu m’imposer parmi ceux qui étaient là depuis longtemps. J’ai essayé de rencontrer des réalisateurs que j’admirais : certains m’ont encouragée à continuer, et beaucoup m’ont ignorée. Mais cela m’a endurcie et a confirmé ma détermination à continuer.


Quelle image souhaitez-vous donner de votre pays et de votre culture ?

La meilleure image possible est celle que les Africains eux mêmes donnent de leur continent et de leur culture… Depuis toujours, ce sont les autres qui viennent d’Europe ou d’Amérique pour filmer notre continent avec leur propre regard. Il est important que nous, Africains, nous prenions en main notre image et que nous montrions notre Afrique, une Afrique positive.
Une journaliste me reproche de n’avoir montré dans « Sénégalaises et Islam » que des femmes qui ont été à l’école, qui ont un certain niveau, et elle me demande où est la femme rurale, inculte… On ne veut voir que cette partie-là de l’Afrique ! Il y a le Sénégal d’aujourd’hui, le Dakar qui bouge, les filles ont été à l’école, elles savent réfléchir et s’exprimer. Je veux montrer l’Afrique qui bouge !

 

 

 

 


YANDÉ CODOU

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Espéra Donouvossi
27 juillet/2009
Duban International Film Festival 2009

Si parmi tous les films en compétition à la 30ème édition du Festival International de Film de Durban, il y en a un qui est le plus en conformité avec le thème général de cette édition, c'est sans aucun doute, ce documentaire de 55 minutes réalisé par la jeune Sénégalaise Angèle Diabang en 2008.

En effet, le thème de cette édition traite dans un aspect technique la valorisation et la promotion linguistique africaine dans les œuvres cinématographiques. Cette linguistique riche en langues et en dialectes en Afrique présente une phonologie extraordinaire et une intonation poétique. C'est justement de cela dont il est question dans cette œuvre culturelle, artistique et traditionnelle. À travers celle-ci la réalisatrice rend hommage à la tradition orale africaine et spécialement celle du Sénégal, embellie par des langues nasales et généralement aux articulations uvulaires avec des phonations poétiques et esthétiques : le wolof et le sérère. Il est donné à revisiter à travers ce documentaire le bel héritage linguistique africain.

Yandé Codou SÈNE, déjà 80 ans, a dédié sa vie à la valorisation de l'oralité africaine à travers la poéticité, la rhétorique et l'esthétique de ces chants et louanges : une spécialité coutumière des griots en Afrique. Elle n'a jamais mis pied dans une école moderne pour apprendre les figures de style ou à analyser des textes poétiques afin d'en étudier la structure physique. Mais quand on voit ce documentaire, on a l'impression que cela vient d'un académicien des lettres et littératures. La répétition, la litote, l'hyperbole et la métaphore sont autant de styles qu'on voit à travers le merveilleux travail de la griotte.

Avec une certaine rhétorique et de belles tournures idiomatiques africaines, Yandé Codou dans une truculence verbale éloquemment remarquable chante la panégyrique clanique du président poète Léopold Sédar Senghor, figure emblématique de la littérature africaine d'expression francophone et acteur fervent de la démocratie sénégalaise. Yandé Codou jouait à elle seule la responsable traditionnelle de communication et de marketing social du président Senghor, un homme aux origines nobles et aux capacités énormes.

Les interventions des spécialistes littéraires, artistes professionnels, des traditionalistes et de simples individus ont joué à certain niveau de ce documentaire, la fonction principale de ce genre cinématographique. La beauté culturelle et artistique de la griotte, le choix des personnages bien appropriés au sujet de l'œuvre, l'organisation physique et la structure thématique observés dans l'œuvre confirme tout le talent soupçonné en la jeune réalisatrice. Cette dernière confirme toute sa volonté de faire du bon cinéma.

Le premier plan du film montre une salle de spectacle vide. Le documentaire se termine sur la même salle qui sera pleine vers la fin. Ceci porte clairement le message de la réalisatrice qui incite à un amour, à une valorisation et une promotion de l'héritage linguistique africain.Même si le documentaire montre certains personnages trop préparés pour la circonstance, il n'en demeure pas moins évident qu'il renferme sans aucun doute les qualités d'un bon documentaire.L'exhaustivité du contenu thématique, la qualité de la griotte, l'éminence de Senghor, la crédibilité des personnes intervenantes et l'organisation chronologique du récit sont remarquables dans ce qui donne de la grandeur à ce film qui s'impose dans le jugement dernier du jury documentaire au cours de ce festival de Durban en Afrique du Sud qui a lieu du 23 Juillet au 02 Août 2009.

 

 


LE MONOLOGUE DE LA MOUETTE

 

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Philippe Simon
03 avril 2008

Sénégal, Dakar, début du 21ème siècle. Guéro, une jeune fille exilée de sa campagne natale, travaille comme bonne à tout faire pour une famille de la banlieue pauvre de la capitale. Taillable et corvéable à merci, elle nous fait partager sa servitude en un long monologue fait de rébellion contenue et de désir d’évasion.

Le film de Khady Sylla et Charlie Van Damme, Le monologue de la muette, étrange assemblage de documentaire et de fiction théâtralisée, prend prétexte de la vie de Guéro pour interroger les tensions de l’actuelle société sénégalaise et, plus loin, les rouages économiques et sociaux qui font de l’asservissement et de la sujétion de certaines femmes une évidence difficilement acceptable qui pourtant, s'impose presque comme un mode de vie. Comme le dit l’une des femmes du film : « Cette histoire se passe à Dakar, c’est-à-dire à peu près partout et il faudra plus que des bons sentiments pour qu’elle appartienne définitivement au passé ».

Film politique, film de lutte, Le monologue de la muette surprend par sa facture et l’intelligence de sa construction. Loin des lieux communs d’un féminisme facile, il met en résonance plusieurs paroles de femmes à partir de celle silencieuse, marginale et minoritaire de Guéro, la bonne. Derrière son apparente soumission, ce sont les voix de celles qui refusent et se révoltent que son monologue intérieur appelle et autorise à l'image.

Si la vie de Guéro nous est livrée sous une forme documentaire, les autres voix du film vont emprunter les distances du jeu théâtral pour mettre en évidence ce qui dans l’histoire particulière de Guéro dépasse la simple réalité anecdotique. Que cela soit au travers de scènes telles que celle improvisée entre une bonne renvoyée et les femmes du quartier prenant son parti contre sa patronne ou dans les interventions portées devant la caméra par une femme en colère, Le monologue de la muette trouve son chemin vers une parole universelle. Et cela surprend, et cela étonne. Car il faut une maîtrise certaine pour mélanger, avec succès et sans fausse note, des démarches qui, généralement, s’annulent plutôt qu’elles s’épousent. Sans doute une telle réussite tient-elle dans cette vérité que portent les réalisateurs du Monologue de la muette mais aussi dans leur façon de filmer les femmes de leur film au plus vrai, au plus sincère de ce qu’elles disent, de ce qu’elles sont.

Quelque chose de fort et d’essentiel traverse ce film et le fait tenir debout comme un geste non pas de résistance mais de présence, d’évidence de vie; et ce n’est pas un hasard si nous nous retrouvons, dans cette phrase murmurée par la muette : « Notre printemps fera le tour du monde. Spartacus est avec nous ».

 

 


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Dans la voix-off, nous entendons les réflexions d'Amy, une jeune fille dans une zone rurale du Sénégal qui travaille comme domestique pour un bien-to-do-famille à Dakar. Elle se plaint de son employeur, qui continue la critique et reçoit sur son cas, et elle parle de son rêve d'un jour d'ouverture de son propre restaurant. Pendant ce temps, nous voyons son balayage de la chaussée, de préparer la nourriture et nettoyer la maison. Le contraste avec son vaste et aride région natale est énorme. A Dakar, quelque 150.000 jeunes femmes travaillent en tant que foyer pour les familles dont les filles peuvent aller à l'école. "Pourquoi est-ce que l'émancipation de certains résultats dans la servitude d'autrui?" les réalisateurs se demandent à voix haute. Ils interrogent d'autres jeunes demoiselles qui rêvent d'aller à l'école, et ils film une femme qui crie sa colère paroles directement dans la caméra en mode rappeur-like: "Je garde de vos maisons grinçant propre, mais tous pensent que je suis sale!" Dans une scène de fiction dans un bidonville, les femmes démontrent comment ils souhaitent faire face à une femme qui ne paie pas assez de sa femme de ménage. En réponse à la situation, les cinéastes de faire un appel à changer les règles de l'économie mondiale.

 

 

 

film documentaireFILM DOCUMENTAIRE.FR
Yann Lardeau

La muette, c’est la bonne, personnage nouveau à Dakar. Corvéable et révocable à merci, souffre-douleur de patrons capricieux, soumise à toutes les pressions, à toutes les menaces, à tous les arbitraires, sans défense, sans droits, condamnée à obtempérer et à se taire, la bonne cristallise les aberrations de la transformation de la société sénégalaise, les contradictions de la mondialisation : la chosification de l’être humain, une précarité d’emploi source d’angoisse et de douleur, des villages qui se dépeuplent de leur jeunesse, des femmes qui travaillent à la place d’hommes devenus incapables de nourrir leur famille, une croissance exemplaire et une population qui ne cesse de s’appauvrir. "Ce que je ne fais pas à autrui, je ne veux pas qu’on me le fasse. Tout le monde peut se retrouver à faire la bonne. Celle qui nous paye est bonne à sa manière. Il y a toujours un patron pour payer." (Ou pour ne pas payer.) Exploitée à la ville, elle l’est aussi au village, par les siens. Alors, la muette hurle sa colère en brisant les codes, en faisant feu de tout bois : en témoignant simplement avec ses mots ou en montant sur la scène, en mêlant le théâtre au documentaire, le jeu aux situations objectives de travail, la fiction au décor réel des taudis, en séparant le son de l’image, en étendant son message au pays entier, de Dakar aux villages les plus reculés, en faisant résonner la cruauté du verbe sur la beauté de son visage si digne dans son silence.

 


 

  


ELECTRO FOR EVER

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Olivier Barlet

novembre 2007, après son passage à l’atelier d’écriture

Ce que fait Angèle n'est pas enseigner mais initier. En se posant la question du cadre, de la distance, de l'angle de prise de vues, du rythme, etc., les élèves du LEP vont se poser des questions fondamentales pour leur vie même. Si bien que l'acte de faire le film sera plus important que le résultat, qu'on espère bien sûr le plus probant possible.Tout est parti pour que le film existe et qu'il porte beaucoup de cette relation établie entre Angèle et la classe mais aussi et surtout au sein de la classe elle-même dans le contexte du lycée, puisque là est le projet. Sa réussite sera ce qu'il porte et non son brio ou sa virtuosité. Plutôt que de briller par l'image, c'est l'épaisseur des personnes filmées qui importe, leur espace de liberté d'évoluer et de s'exprimer. À cet égard, l'approche poétique qu'ils ont osée dans leur écriture est impressionnante de justesse et prometteuse.

  

africulturesAFRICULTURES
Olivier Barlet
novembre 2007, après la première du filme à APT

De toutes ces images tournées par les élèves, Angèle Diabang réussit grâce à son science du montage à faire d’Electro for ever une mosaïque emportée par un fil narratif, à la fois tranche de vie lycéenne et franche rigolade, engageante pour chacun mais toujours respectueuse, et dont le rythme est au diapason des mouvances de la classe. Electro for ever mériterait d'être présenté en d'autres occasions pour témoigner de ce travail où la pédagogie se fait si vivante qu'elle se fait oublier pour se fondre dans la relation d'une classe avec une jeune réalisatrice sénégalaise. Magnifique expérience pour les élèves qui ne verront plus jamais des films comme avant, tant ils sont dorénavant conscients des enjeux de leur fabrication. En quelques heures ludiques mais denses, ils ont fait de leur regard, une vision.

 

APTFESTIVAL DES CINÉMAS D'AFRIQUE
DU PAYS D'APT
Dominique Wallon

Electro for ever, c'est une déclaration de vie, une lettre ouverte, la somme de quatre petites histoires inventées par des jeunes lycéens d'Apt qui en avaient marre d’être considéré comme "moins bien" que leurs condisciples du lycée classique. C'est un documentaire de 26' qui est l'aboutissement d'un atelier d'écriture et de réalisation mené pendant deux semaines par la cinéaste sénégalaise Angèle Diabang Brener au sein d'une classe de Terminale électronique du LEP d'Apt.

 

 

 


LE RITE, LA FOLLE ET MOI

  

clap noirCLAP NOIR
Les Raisins de la colère de Caroline Pochon
Août 2012

Ethnographique, Gentille M.Assih l’est également avec son deuxième documentaire, Le rite, la folle et moi où, après avoir décrit les rites de passage à l’âge adulte chez les hommes (Itchombi), la réalisatrice issue d’Africadoc décrit l’initiation au féminin, dans l’arrière-pays togolais. Mais Gentille M.Assih n’est pas que gentille ! Elle transcende puissamment l’approche ethnographique, en utilisant le rituel, ainsi que la caméra ethnographique, pour faire un travail familial magistral et bouleversant. En abordant son père, porteur d’un douloureux secret de famille, à l’occasion de l’intronisation de sa petite sœur comme femme, Gentille rejette la transmission trangénérationnelle de la douleur, fait la paix avec ses ancêtres, libère son père en lui pardonnant, dans un geste d’amour magnifique. Très réussi et formellement maîtrisé, le film vaut bien quinze ans de psychanalyse.

www.clapnoir.org/spip.php?article867

 

traficTRAFIC N° 82
Trafrique en doc de Jean-Marie Barbe
Juin 2012

Le second documentaire est le deuxième film d’une réalisatrice togolaise, Gentille Assih, qui vit aujourd’hui totalement isolée dans la banlieue de Montréal, réfugiée avec ses deux enfants. Nous l’avons rencontrée pour la première fois en 2006. Elle a suivi alors une résidence d’écriture à Saint-Louis du Sénégal et réalisé ensuite son premier documentaire, Itchombi. Documentaire sur un rite initiatique concernant les jeunes hommes. La circoncision en est le moment central, et pose aujourd’hui un problème sanitaire grave. En effet les couteaux traditionnels ne sont pas désinfectés, ainsi une personne infectée par le virus du sida peut transmettre la maladie à toute une génération; mais les tenants de la tradition dans les villages refusent que l’on modifie la tradition et que l’on touche au rituel. Gentille filmera seule, caméra au point, se plantant au milieu des situations, des rapports de force qui s’affrontent autour de cette question de l’évolution d’une pratique traditionnelle, le rituel en lui-même gardant cette dimension de spectacle assez halluciné, mais perdant une part de sa dimension sociologique au profit d’une gravité d’une autre nature, celle du « rester en vie » ! Évidemment, dans ce nouveau cinéma documentaire africain les rituels ne font pas du coup l’objet d’une approche ethno-anthropologique, ni folkloriste, mais sont indéniablement un champ d’investigation autour d’une africanité originelle. Ils deviennent soudain le questionnement d’un auteur en lien avec sa quotidienneté. Dans ce nouveau film que je produis en association avec ma jeune collègue de Dakar, Angèle Diabang, ce qui marque d’emblée, c’est le dispositif de travail à distance de ce film. Le montage à distance entre la réalisatrice installée à Montréal et Joëlle la monteuse installée à Lussas n’aurait pas été possible sans l’apparition de la chaîne numérique. Les outils d’aujourd’hui sont extraordinaires : on peut envoyer les séquences à mesure qu’elles se montent, et échanger dans l’heure qui suit par Skype. Joëlle : « Ce qu’il faut dire en préambule, c’est que Gentille et moi on est très com- plices depuis ce premier film, Itchombi, et que c’est au cours de ce premier montage qu’elle a commencé à me parler de ce qui n’était qu’un embryon de projet. » Évidemment, cela tient au fait que toutes deux sont extrêmement complices, je connais bien des réalisateurs qui ont besoin d’être physiquement à côté de la monteuse ou du monteur et ne supporteraient pas cette situation. Gentille, il y a dix ans, à l’occasion là aussi d’un rituel, l’akpéma, que subissent toutes les jeunes filles de son village, a vécu un événement très marquant. Pendant la semaine de son initiation, un jour, une vieille considérée comme la folle du village l’a soudainement entraînée dans sa case en l’appelant du prénom de sa grand-mère! Gentille, assez éberluée, accepta au demeurant d’écouter le récit de la folle. « Elle me raconta son histoire pendant la période de son propre akpéma. Les souvenirs de ma grand-mère lui revenaient. Par bribes, j’appris que l’akpéma fut aussi pour ma grand- mère l’occasion des cérémonies de ses noces. Elle fut en effet forcée d’épouser mon grand-père, chef du village, qui avait déjà une vingtaine de femmes. Quelques années plus tard, on l’accusa injustement d’infidélité et elle dut quitter le foyer conjugal, laissant son fils unique, mon père, qui n’avait que sept ans, à la merci des autres marâtres. Mon papa eut une enfance très difficile. C’était l’enfant de la femme indigne, le bâtard. Selon Kougnondou, la vieille folle, je ressemblais donc trait pour trait à ma grand-mère. Je compris alors pourquoi mon père me maltraitait. Je réveillais en lui la haine qu’il avait gardée contre sa mère, celle qui l’avait abandonné, selon ce qu’on lui a toujours fait croire. Aujourd’hui, Kougnondou est morte, emportant le secret de ma grand-mère dans la tombe. Mais moi, je connais la vraie version de l’histoire. J’ai le devoir de rectifier le mensonge, de dire enfin que ma grand-mère était innocente, victime de la tradition. Il faut que mon père sache la vérité pour qu’enfin il soit libéré de la haine qui lui empoisonne la vie. » Ce film est pensé pour résoudre une question qui empoisonne le réel d’une communauté dont la réalisatrice est au premier chef la protagoniste, il est un outil idéal de transformation des rapports entre les personnes. Gentille tresse trois formes de cinéma : sa propre mise en scène comme actrice du récit en lien avec d’autres personnages. Comme œil de la caméra immergée et observatrice dans des séquences purement cinéma du réel où elle saisit des éléments qui documentent. Comme protagoniste, personne, personnage de son propre film dans une dimension de cinéma de l’intime où elle se met en situation d’explication-confrontation avec son père. Comment in fine ces différents niveaux de cinéma vont-ils faire corps? Voilà l’une des alchimies qui se nouent ces jours entre Lussas et Montréal.